Le noyau en fusion de la planète Neptunes
FUNK ROCK Jamais à court de sons, Pharrell Williams et ses deux potes de N.E.R.D balancent Seeing Sounds, un troisième album ambitieux qui tranche avec le tout-venant habituel.
«Nous ne faisons pas ça pour l’argent, nous le faisons pour les gens qui ont juré fidélité à notre mouvement». Paroles de Pharrell Williams, l’entité N.E.R.D peut continuer à mener sa petite vie pépère aux frontières des genres, personne ne viendra demander des comptes. Passés la démagogie, ces mots du leader de N.E.R.D amènent une vague d’optimisme dans un univers artistique trop souvent étouffé par une médiocrité qui se manifeste bien souvent par une absence crasse d’originalité. Heureusement, Pharrell bouffe de l’originalité depuis son plus jeune âge. Lors d’un camp de fanfare (!), il sympathise avec Chad Hugo qui deviendra l’autre moitié du tandem de production des Neptunes. Repérés par le leader de Blackstreet, Teddy Riley, les deux jeunes fans de skate se font les dents de 1992 à 1998 en composant quelques titres de manière épisodique et peu médiatisée. Mais en 1998, le son des Neptunes s’extirpe de l’anonymat grâce à deux tubes hip-hop: Lookin’ At Me de Ma$e et le stratosphérique Superthug de N.O.R.E.
L’univers parallèle
La planète Neptunes pointe alors le bout de son orbite sur les télescopes du hip-hop. Tous radars dehors, les pontes des maisons de disque soulignent alors soigneusement le nom des deux nouveaux Midas made in Virginie, potes de longue date de Timbaland avec lequel ils avaient formé un groupe confidentiel, Surrounded By Idiots. En trois ans, les Neptunes se taillent une réputation cossue et la pop vient logiquement leur faire les yeux doux, Britney et Justin en tête de peloton. C’est à ce moment-là, peut-être par esprit de contradiction, que Pharrell et Chad sortent de leur tiroir le projet N.E.R.D. Accompagnés d’un troisième larron répondant au nom de Shae Haley, les deux extraterrestres balancent un In Search Of vénéneux et synthétique, transpercé par des riffs volcaniques. Les USA boudent, l’Europe en redemande. Le second album, Fly Or Die, s’écoute comme un prolongement des expériences neptuniennes avec cette fois-ci Pharrell et Chad derrière les instruments.
L’ouverture du MJF
Volatile et versatile, Pharrell se lance également dans la confection avec le Japonais Nigo et crée deux marques: Billionaire Boys Club et Ice Cream. Elu homme le mieux habillé par le magazine Esquire en 2005, il sort son premier album solo, In My Mind, un an plus tard. Côté productions, il a arrangé cette année deux titres pour les Hives et une grande partie du dernier Madonna. Et si les vibrations émises par l’astre neptunien ont moins d’impact dans les charts, cela ne signifie pas pour autant que le son des Virginiens manque de substance, bien au contraire. Seeing Sounds ne battra sans aucun record de ventes, mais ceux qui ont leur billet pour l’ouverture du Montreux Jazz Festival se réjouissent déjà du voyage intergalactique organisé.
N.E.R.D, Seeing Sounds, Interscope (distr. Universal)
JEAN-FRÉDÉRIC DEBÉTAZ
Critique album
Drogue auditive
Les neurologues appellent cela la synesthésie, soit un phénomène qui associe deux ou plusieurs sens. Les N.E.R.D sont partis de là pour définir le nom de leur troisième disque Seeing Sounds. Mêler les sensations, être visuel par le seul truchement de la voix et des instruments, voilà une mission à la hauteur du talent du trio. Le premier extrait Everyone Nose, jeu de mots pour parler de la prise de coke dans les soirées, claque avec son refrain quasi hypnotique All The Girls Standing In The Line For The Bathroom et la fusion trompette/ligne de basse qui ressemble à de la funk sous LSD. Plus rock que hip-hop, ce troisième album arbore des accointances certaines avec de grosses pointures du genre. Sooner Or Later et Love Bomb semblent échappés d’une session des Beatles, tandis que Kill Joy ne ferait pas tache sur un album des Red Hot Chili Peppers. Plus corsé que le précédent opus avec des missiles supersoniques tels que Spaz et Anti Matter, Seeing Sounds revient au panache d’In Search Of et fait assurément partie des meilleurs albums de 2008.
J.-F. D.
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